Chapitre 9 : Services d’emploi et de formation

Importance des services d’emploi et de formation

Une main-d'œuvre instruite et qualifiée est indispensable à une croissance économique vigoureuse et durable. Avec l’avènement de l’économie de la connaissance et l’évolution technologique, la demande de personnel hautement qualifié et adaptable ne cesse de croître. Le gouvernement joue un rôle important pour répondre à cette demande. Des études ont démontré la nécessité et les bienfaits des investissements gouvernementaux dans l’éducation et la formation. Par exemple, Riddell1 affirme que l’intervention du gouvernement dans le développement du capital humain est justifiée tant sur le plan de l’équité que de l’efficience. Les arguments fondés sur l’équité comprennent l’égalité des chances, la mobilité sociale et une répartition plus égale des avantages économiques.

Les arguments fondés sur l’efficience pour justifier l’intervention du gouvernement reposent sur trois principes :

  • Elle fait en sorte que l’on tienne compte des avantages pour toute la société lorsqu’on évalue l’éducation et la formation.
  • Elle permet de compenser les défaillances des marchés des crédits.
  • Elle atténue la difficulté de juger de la qualité des programmes d’éducation et de formation.

Le vieillissement de la population, le ralentissement de la croissance de la population active et l’intensification de la concurrence sur la scène mondiale augmentent l’importance du perfectionnement professionnel, de la formation en milieu de travail et de l’apprentissage continu. Par exemple, les besoins en matière de littératie ont évolué et augmenté au fil du temps à la suite de changements fondamentaux dans l’économie. De nos jours, savoir lire et écrire ne suffit plus, les gens doivent souvent posséder des aptitudes analytiques, mathématiques, technologiques et informatiques pour occuper des fonctions de plus en plus complexes.

Les programmes d’emploi et de formation sont des outils importants qui permettent aux travailleurs d’acquérir les compétences nécessaires pour occuper les postes disponibles en assurant une meilleure concordance entre la formation et le marché de l’emploi. Des programmes de formation efficaces offerts par les gouvernements permettent à beaucoup de travailleurs déplacés de se perfectionner et de trouver un travail mieux rémunéré.

Défis associés au marché du travail en Ontario

L’Ontario a été particulièrement touché par la récente récession mondiale, ayant subi 60 % des pertes d’emploi enregistrées au Canada en 2009. Même avant le début de cette récession, l’économie provinciale était confrontée à des défis qui continuent d’entraver la création d’emplois, notamment une forte hausse du dollar canadien, des prix énergétiques historiquement élevés, l’intensification de la concurrence des pays émergents et l’affaiblissement de l’économie américaine. Par exemple, le secteur de la fabrication a perdu des emplois pendant six années consécutives, ayant atteint en 2010 son taux d’emploi le plus bas depuis 1976. La disparition des emplois dans les secteurs de la fabrication et des ressources, dont la foresterie, a contribué à la hausse du chômage chez les travailleurs de longue date qui sont nombreux à avoir du mal à retrouver du travail.

Même si on constate une reprise de la croissance de l’emploi en Ontario, tous les postes perdus pendant la récession ayant été récupérés, les jeunes, les immigrants récents et les Autochtones continuent d’être en état précaire. La récession a aggravé davantage leur situation sur le marché du travail, mais ils étaient déjà en grande difficulté bien avant qu’elle ne se produise, ainsi :

  • Le taux d’emploi des jeunes (entre 15 et 24 ans) a baissé en 2010 pour la troisième année de suite;
  • Le taux de chômage des immigrants très récents (arrivés au Canada depuis cinq ans ou moins) ne cesse d’augmenter, étant passé de 12,7 % en 2008 à 18,4 % en 2010;
  • Le taux de chômage des jeunes autochtones est passé de 19,8 % en 2008 à 20,8 % en 2010;
  • Le nombre de travailleurs âgés mis à pied a presque doublé, passant de 75 600 en 2006 à 141 500 en 2009;
  • Le taux de chômage des femmes qui élèvent seules des enfants de moins de six ans est passé de 12,4 % en 2009 à 17,2 % en 2010;
  • À peine la moitié des personnes handicapées âgées de 15 à 64 ans font partie de la population active (54,9 % en 2006).

La pénurie persistante de débouchés sur le marché du travail pour ces groupes et les articles dans les médias faisant état du déséquilibre des compétences et de postes non comblés indiquent que la structure actuelle de prestation des programmes a besoin d’importantes améliorations.

Services d’emploi et de formation fournis par les ministères de l’Ontario

L’Ontario offre un vaste éventail de services d’emploi et de formation par l’entremise du ministère de la Formation et des Collèges et Universités (MFCU) et d’autres ministères, dont le ministère des Affaires civiques et de l’Immigration et le ministère des Services sociaux et communautaires.

Le MFCU administre l’essentiel de ces services par l’entremise de son réseau de programmes d’emploi et de formation, Emploi Ontario (EO). Emploi Ontario a été créé par suite du regroupement de plusieurs programmes fédéraux et provinciaux lorsque l’Entente Canada-Ontario sur le développement du marché du travail (EDMT) de 2007 a transféré à la province le contrôle de nombreux programmes d’emploi et de formation. L’organisme, qui dispose d’un budget annuel d’environ 1 milliard de dollars, sert actuellement plus d’un million de personnes, dont les employeurs, les travailleurs mis à pied, les apprentis, les travailleurs âgés, les nouveaux arrivants et les jeunes.

Le ministère des Services sociaux et communautaires (MSSC) fournit une aide à l’emploi aux bénéficiaires de l’aide sociale par l’entremise du Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées (POSPH) et du programme Ontario au travail. En 2010, le MSSC a consacré plus de 200 millions de dollars aux services d’emploi destinés aux bénéficiaires de l’aide sociale. Le POSPH offre une aide au revenu et à l’emploi afin de permettre aux personnes handicapées et à leurs familles de vivre de manière autonome. Dans le cadre du volet d’aide à l’emploi, le programme Ontario au travail offre une aide pratique aux bénéficiaires pour qu’ils se préparent à chercher et à trouver un emploi.

Le ministère des Affaires civiques et de l’Immigration (MACI) offre des programmes afin de faciliter l’intégration des immigrants sur le marché du travail, y compris des programmes de formation relais leur permettant d’obtenir les qualifications, les compétences linguistiques et l’expérience professionnelle canadienne nécessaires pour trouver du travail dans leur domaine. Les nouveaux arrivants peuvent suivre des programmes linguistiques par l’entremise des conseils scolaires ainsi que des projets pilotes de formation linguistique spécialisée.

Par ailleurs, plusieurs autres ministères provinciaux fournissent des aides à l’emploi et à la formation, dont des stages dans la fonction publique de l’Ontario offerts aux immigrants professionnels par le ministère des Services gouvernementaux et la Stratégie Perspectives Jeunesse de l'Ontario mise en oeuvre par le ministère des Services à l’enfance et à la jeunesse.

En plus de financer des programmes directement, l’Ontario soutient la formation indirectement au moyen de crédits d’impôt, par exemple, le crédit d'impôt pour la formation en apprentissage (CIFA) et le crédit d'impôt pour l'éducation coopérative (CIEC). En 2010, le CIFA et le CIEC ont généré des montants estimatifs de 120 millions de dollars et de 25 millions de dollars respectivement pour les entreprises afin d’appuyer l’embauche et la formation. Pour plus de plus amples renseignements à ce sujet, voir le chapitre 11, Soutien des entreprises.

La myriade de programmes et services offerts par tous ces ministères indique qu’il existe des possibilités évidentes d’améliorer la prestation de ces programmes, la qualité des services offerts et la rigueur des évaluations des programmes.

Continuer à améliorer les services d’Emploi Ontario

L’Ontario a pris des mesures afin d’intégrer les services d’emploi et de formation professionnelle. En 2010, dans le cadre de son plan visant à transformer EO, le MFCU a lancé Services d’emploi, nouveau programme simplifiant les services dont la prestation n’était pas coordonnée (p. ex., les anciens services d’aide à l’emploi et le Programme des subventions salariales ciblées du gouvernement fédéral, ainsi que le programme ontarien Connexion Emploi). Le nouveau modèle Services d’emploi est un service à guichet unique offrant aux Ontariennes et Ontariens un éventail complet de services d’emploi afin de les aider à trouver et à garder un emploi.

Les clients du réseau EO ont besoin d’une aide plus ou moins poussée. La majorité des personnes sans emploi qui reçoivent des services d’EO requièrent très peu d’intervention. Les interactions avec ces personnes devraient se faire de la façon la plus efficace possible, au moyen d’outils peu coûteux qu’elles peuvent utiliser de manière autonome (comme des ressources en ligne), afin de permettre au personnel de se consacrer davantage à des dossiers nécessitant une intervention plus intensive.

Recommandation 9-1 : Cibler les efforts d’Emploi Ontario sur les personnes nécessitant des interventions complexes. Diriger de la manière la plus efficiente possible les personnes nécessitant une intervention moins intensive vers des ressources peu coûteuses qu’elles peuvent utiliser sans intermédiaire.

Rationaliser les services d’emploi et de formation à l’échelle du gouvernement

Même si l’Ontario a commencé à regrouper les services d’emploi et de formation ces dernières années, le fait qu’un aussi grand nombre de ministères offrent de tels services indique qu’il est possible de faire encore plus. Il faudrait prêter une attention particulière à la prestation de services d’emploi aux bénéficiaires de l’aide sociale et aux nouveaux immigrants. Ces services comprennent, par exemple, l’aide à la recherche d’emploi, les programmes d’expérience de travail, la formation professionnelle, l’aide au travail indépendant, et l’évaluation des participants et leur placement dans des entreprises. Si ces programmes faisaient partie d’EO, il en résulterait des gains d’efficience dans le domaine administratif, un meilleur accès aux services, une description plus claire des responsabilités de chaque organisme et une baisse des coûts des programmes.

La poursuite de ce regroupement comporte quelques défis. Premièrement, EO est encore un organisme tout jeune, ce qui signifie qu’il ne sera peut-être pas possible de regrouper d’autres programmes d’emploi et de formation d’un seul coup. Deuxièmement, même si cela présente d’autres avantages, le regroupement des services d’emploi et du volet formation des programmes fournis à l’échelon local, comme Ontario au travail, comporte ses propres obstacles. Il faudra ordonner précisément la séquence des événements pour que le regroupement de ces services et d’autres services d’emploi et de formation se fasse rapidement, mais sans diminuer la qualité des services durant la transition.

Recommandation 9-2 : Rationaliser et intégrer de façon coordonnée et progressive d’autres services d’emploi et de formation à Emploi Ontario, notamment l’essentiel des services d’emploi et de formation offerts dans le cadre de l’aide sociale, et les services d’intégration et d’établissement destinés aux nouveaux arrivants.

Dispositions fédérales-provinciales concernant les programmes d’emploi et de formation

Tableau 9.1
Ententes fédérales-provinciales sur le marché du travail
Ententes Admissibilité Financement total
Entente sur le développement du marché du travail
  • Assure le transfert des responsabilités relatives au financement, au personnel et à la prestation des programmes d’emploi et de formation à l’Ontario (en 2007).
  • Principalement les bénéficiaires de l’assurance-emploi (AE).
  • Environ 550 millions de dollars par an.
  • Varie chaque année en fonction des indicateurs du marché du travail et de l’économie.
  • Durée : conclue en 2005; indéfinie.
Entente sur le marché du travail
  • Appuie la prestation de programmes d’emploi et de formation qui renforcent la participation sur le marché du travail des personnes non admissibles à l’AE.
  • Personnes sans emploi non admissibles à l’AE, dont les bénéficiaires de l’aide sociale, les immigrants, et d’autres groupes importants.
  • Travailleurs peu spécialisés (n’ayant pas de diplôme d’études secondaires ou de certification reconnue).
  • 194 millions de dollars par an.
  • Durée : 2008-2009 à 2013-2014.
Initiative visant les travailleurs âgés
  • Accroître l’employabilité des travailleurs âgés des localités touchées par la restructuration économique.
  • Travailleurs mis à pied âgés de 50 ans et plus (les 55 à 64 ans principalement).
  • Villes de moins de 250 000 habitants ayant un taux élevé de chômage ou dont l’économie repose sur une seule industrie.
  • Il s’agit d’une entente de partage de coûts portant sur un total de 58,5 millions de dollars sur une période de trois ans.
  • Le gouvernement fédéral assume 84 % (49,1 millions de dollars) de la totalité des coûts et l’Ontario en assume 16 % (9,4 millions de dollars).
  • Durée : 2009-2010 à 2011-2012; prolongation jusqu’en 2012-2013.
Entente sur le marché du travail pour les personnes handicapées
  • Améliorer les chances d’emploi des personnes handicapées.
  • Programmes d’emploi pour les personnes handicapées.
  • 76,4 millions de dollars par an.
  • Durée : 2004-2013 (prolongée plusieurs fois).
Source : ministère de la Formation et des Collèges et Universités de l’Ontario.

Le gouvernement fédéral verse un financement annuel considérable à l’Ontario par l’entremise de plusieurs ententes fédérales-provinciales sur le marché du travail, dont l’Entente sur le développement du marché du travail (EDMT) et l’Entente sur le marché du travail (EMT). Chacune de ces ententes comporte ses propres exigences concernant l’admissibilité, la conception des programmes, la présentation de l’information et les responsabilités. Le tableau suivant résume les principales catégories de programmes couverts par des ententes bilatérales, les critères d’admissibilité et le montant du financement accordé.

Réforme complète des ententes fédérales-provinciales

Les nombreuses ententes fédérales-provinciales sur le marché du travail qui ciblent des clientèles diverses entravent non seulement l’objectif de l’Ontario de créer un modèle de prestation de services d’emploi et de formation à « guichet unique », mais génèrent aussi un processus d’élaboration de politiques fragmenté et faussé, qui repose davantage sur l’idée que se fait le gouvernement fédéral des priorités en matière d’emploi que sur les mesures adaptées aux réalités locales.

Les exigences divergentes relatives aux programmes et à l’admissibilité des bénéficiaires incluses dans ces ententes empêchent l’Ontario de maximiser les avantages associés à l’intégration des programmes et services. Par exemple, en vertu de l’EDMT, la province est autorisée à financer seulement des programmes et services « semblables » à ceux qui ont été conçus et dispensés par le gouvernement fédéral au début des années 1990. Ces dispositions empêchent inutilement l’Ontario de répondre aux besoins fluctuants du marché du travail.

En 2010, la part de l’Ontario de l’allocation de financement de la formation au titre de l’AE s’est élevée à 31 % seulement, alors qu’il comptait 42 % des chômeurs au Canada. Ces lacunes limitent l’accès aux services de formation et d’aide à l’emploi, car la plupart de ces services ne sont offerts qu’aux bénéficiaires anciens et actuels de l’AE. Si cette condition de l’EDMT était supprimée, l’Ontario pourrait financer les programmes qui répondent le mieux aux pénuries actuelles sur le marché du travail.

Le Fonds de transition et de formation stratégique (FTFS) a fourni un montant supplémentaire de 207 millions de dollars sur deux ans aux programmes visant à aider les chômeurs et les travailleurs touchés par le ralentissement économique, qu’ils soient admissibles ou non à l’AE. Avant son expiration à la fin mars 2011, le FTFS a permis à l’Ontario d’adopter des approches innovatrices pour cibler les personnes qui ont les plus grands besoins, ce qui montre bien les avantages d’une approche souple dans la conception et l’envergure des programmes.

Par ailleurs, il existe des programmes d’emploi et de formation financés et dispensés par le gouvernement fédéral pour les jeunes, les personnes handicapées et les Autochtones, qui ne font pas partie des ententes bilatérales en vigueur.

  • La Stratégie emploi jeunesse (SEJ) offre divers programmes aux jeunes âgés de 15 à 30 ans.
  • Le Fonds d’intégration pour les personnes handicapées verse des fonds aux organismes qui aident les personnes à se préparer à intégrer le marché du travail ainsi qu’à trouver et à conserver un emploi.

Cette structure de fonctionnement génère des inefficacités administratives, complique les choses pour les intervenants et les fournisseurs de services et déconcerte les bénéficiaires éventuels.

Recommandation 9-3 : Prôner la mise en place d’une entente de formation unique et complète pour remplacer les nombreuses ententes fédérales-provinciales de financement des services d’emploi et de formation en vigueur actuellement, dont beaucoup sont sur le point d’arriver à expiration.

La nouvelle entente :

  • devrait comprendre les responsabilités résiduelles du gouvernement fédéral relatives aux jeunes et aux personnes handicapées en plus des domaines déjà couverts par les ententes actuelles.
  • devrait donner à la province la latitude dont elle a besoin pour qu’elle puisse intégrer ces services à EO, déterminer les besoins fluctuants du marché du travail et y répondre, et innover en entreprenant des projets pilotes à petite échelle;
  • ne devrait en aucun cas comprendre de critères portant sur l’admissibilité à l’AE.

Renforcer l’information sur le marché du travail et les politiques fondées sur des preuves

Un thème récurrent du présent rapport est la nécessité d’élaborer des politiques et des programmes en se fondant sur une base valable de preuves. À l’heure actuelle, les programmes d’emploi et de formation ne sont pas structurés de manière stratégique ni évalués de manière cohérente par rapport aux facteurs de réussite du marché du travail, à des objectifs précis ou à des indicateurs de rendement associés aux résultats. L’information sur le marché du travail doit être améliorée à deux égards.

Premièrement, l’Ontario doit améliorer la façon dont elle surveille les résultats. La plupart des mécanismes d’évaluation des programmes mettent l’accent sur les indicateurs de services (p. ex., clientèle desservie, taux de satisfaction) plutôt que sur les résultats eux-mêmes. Malgré l’importance de la satisfaction de la clientèle et de la productivité, ces deux éléments ne peuvent se substituer aux mesures de réussite que sont la durée de l’emploi, le taux de rémunération, la croissance, et ainsi de suite. Les principaux indicateurs de réussite devraient être déterminés d’après les pratiques exemplaires utilisées par d’autres instances et décrites dans la littérature. Les indicateurs varieront probablement en fonction des programmes de formation, mais nous devrons faire notre possible pour éviter les différences mineures afin de minimiser les coûts administratifs et de permettre les comparaisons entre programmes. Il faudra évaluer régulièrement le rendement des programmes à l’aide des données recueillies pour étayer les futurs changements nécessaires à l’amélioration constante de l’efficacité.

Deuxièmement, les lacunes dans les données empêchent l’Ontario de cibler stratégiquement ses investissements sur les programmes d’emploi. L’Enquête sur la population active fournit des données mensuelles sur les personnes qui travaillent, mais jusqu’à très récemment il n’existait pas d’étude équivalente sur les emplois qui doivent être comblés. Une meilleure connaissance des pénuries de main-d’oeuvre pourrait jeter de la lumière sur la façon d’améliorer l’efficacité des services d’emploi et de formation.

Faisant fond sur ses travaux antérieurs2, Statistique Canada a publié le 24 janvier 2012 des données sur les postes vacants, lesquelles comprennent des estimations nationales, provinciales et territoriales sur le nombre de postes vacants et le ratio chômeurs-postes vacants, selon le secteur (et la taille d’entreprise). Cette première mesure est encourageante. Toutefois, étant donné la diversité des besoins des marchés du travail régionaux, l’Ontario devrait prôner la collecte de données infraprovinciales, ce qui permettrait d’améliorer l’efficacité des processus de prise de décision et d’élaboration des politiques relatifs aux programmes.

Recommandation 9-4 : Établir un lien plus évident entre les programmes d’emploi et de formation et les résultats évalués. Il faut également améliorer la collecte de données.

Recommandation 9-5 : Prôner la collecte de données infraprovinciales lors des futures enquêtes fédérales sur les postes vacants. Tirer parti des données sur les postes vacants afin d’étayer la conception et la prestation des programmes d’emploi et de formation.

Mettre à profit les commissions de planification de la main-d’oeuvre

En 1994, 25 commissions de planification de la main-d’oeuvre ont été établies dans toute la province dans le cadre d’une entente de financement entre le Canada et l’Ontario, dans le but de planifier et de diriger les activités du marché du travail à l’échelon local. Aujourd’hui, les commissions reçoivent environ 6 millions de dollars par année du MFCU pour contribuer à l’amélioration des conditions du marché du travail dans les localités de la province de la façon suivante :

  • inviter les partenaires du marché du travail à l’échelon local à déterminer les priorités et les principaux problèmes liés à l’emploi et à la formation et à prendre les mesures qui s’imposent;
  • étudier les besoins des employeurs en matière de personnel afin de mieux comprendre les professions et les compétences dont ont besoin les secteurs à l’échelon local;
  • faciliter la planification locale dans le cadre de laquelle les organismes communautaires s’entendent pour prendre les mesures nécessaires pour combler les besoins sur le marché du travail;
  • créer des projets de partenariat qui répondent aux besoins du marché du travail local.

Malgré l’existence des bureaux régionaux du ministère, la supervision des commissions est demeurée centralisée. Le maintien d’un tel cloisonnement est incompatible avec la vocation locale des commissions. Le ministère songe maintenant à décentraliser la gestion des commissions pour la confier aux bureaux régionaux le 1er avril 2012. C’est une première étape positive en vue d’accroître l’autonomie régionale tout en favorisant des liens locaux plus solides et en élargissant la planification communautaire et régionale en faveur du développement économique.

Les commissions peuvent aussi servir de véhicules pour encourager des employeurs à appuyer davantage la formation en milieu de travail. Diverses études indiquent que, comparativement à leurs concurrents d’autres pays, les entreprises canadiennes investissent moins par habitant dans la formation et que les travailleurs canadiens participent à un taux moindre aux programmes de formation. Selon un rapport récent du Conference Board3, la capacité d’innovation du Canada est à la baisse. L’un des facteurs expliquant ce déclin est l’importance relativement faible que les organismes canadiens prêtent à l’apprentissage et au perfectionnement professionnel. Entre 2006 et 2010, les organisations canadiennes ont dépensé en moyenne seulement 64 cents pour chaque dollar que les organisations américaines consacrent à ce type d’initiatives. Les commissions jouent un rôle pour améliorer la situation à ce chapitre.

Recommandation 9-6 : Transférer la responsabilité des commissions de planification de la main‑d’oeuvre aux bureaux régionaux du ministère de la Formation et des Collèges et Universités afin de nouer des liens plus étroits et d’élargir les activités de planification communautaire et régionale en faveur du développement économique.

Recommandation 9-7 : Charger les commissions de planification de la main‑d’oeuvre d’encourager les employeurs à augmenter leurs investissements dans la formation en milieu de travail.

Améliorer le lien entre la formation et le développement économique

Un certain nombre de ministères administrent actuellement des programmes de développement économique comportant une composante formation. En voici quelques exemples :

  • les initiatives du ministère du Développement économique et de l'Innovation (MDEI) comme le Fonds pour les emplois et les investissements stratégiques (FEIS) et le Fonds de développement de l'Est de l'Ontario;
  • le Programme de développement économique des collectivités rurales du ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario (MAAARO).

Même si le MFCU encourage les liens avec ces ministères, un cadre de planification du marché du travail faciliterait une coordination plus vaste des programmes. L’un des principaux inconvénients du modèle actuel est que les programmes de développement économique fonctionnent essentiellement indépendamment d’EO. Même si cette situation est probablement en partie attribuable aux règles rigides de financement des services d’emploi et de formation, il reste que les services doivent absolument être liés plus étroitement aux initiatives stratégiques de développement économique, par exemple le Cercle de feu, une fois que ces mécanismes auront été suffisamment assouplis.

Recommandation 9-8 : Mettre au point un cadre stratégique relatif au marché du travail afin de resserrer les liens entre la planification des services d’emploi et de formation et les initiatives de développement économique déployées par des ministères comme le ministère du Développement économique et de l'Innovation, le ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario et le ministère du Développement du Nord et des Mines.

Système d’apprentissage de l’Ontario

Le système d’apprentissage de l’Ontario offre une formation dans quelque 150 métiers et professions dans quatre secteurs : industriel et manufacturier, force motrice, services et bâtiment.

En 2010, l’Ontario a créé l’Ordre des métiers, organisme de réglementation autofinancé, qui a reçu le mandat de participer à la modernisation du système d’apprentissage et de formation spécialisée de la province. Une fois entièrement fonctionnel, l’Ordre des métiers aura la responsabilité d’établir le champ d’activité et les politiques et les procédures relatives aux métiers. Il s’attaquera également à diverses questions touchant le système d’apprentissage, comme les ratios compagnon-apprenti et l’accréditation obligatoire.

Transférer la responsabilité de l’administration du système d’apprentissage

Trop de fonctions administratives demeurent centralisées au sein du ministère alors qu’elles pourraient être confiées à des parties mieux en mesure de les exercer. Par exemple, l’Ordre des métiers pourrait assumer les responsabilités liées à l’apprentissage lorsqu’il sera entièrement fonctionnel. En tant qu’organisme autofinancé, l’Ordre des métiers peut assumer des responsabilités relevant actuellement du ministère, ce qui réduirait les coûts pour le gouvernement. En outre, les collèges et les centres de formation des syndicats qui offrent une formation théorique aux apprentis pourraient se charger des responsabilités administratives liées à cette fonction.

Recommandation 9-9 : Transférer graduellement toutes les tâches administratives associées à l’apprentissage à d’autres intervenants de ce secteur. Les fonctions d’administration des cours théoriques offerts aux apprentis devraient être confiées aux collèges et aux centres de formation des syndicats. Toutes les autres responsabilités administratives liées à l’apprentissage devraient être transférées progressivement à l’Ordre des métiers.

1 W.C. Riddell, « Investing in Human Capital: Policy Priorities for Canada », in J. Leonard, C. Ragan et F. St-Hilaire (dir.), A Canadian Priorities Agenda: Policy Choices to Improve Economic and Social Well-Being,Institut de recherche en politique publique, 2008, p. 13-55.

2 Travailler ensemble pour bâtir un meilleur système d'information sur le marché du travail pour le Canada, Comité consultatif sur l'information sur le marché du travail, 2009.

3 C. Lavis, Learning and Development Outlook 2011 : Are Organizations Ready for Learning 2.0?, Le Conference Board of Canada, 2011.